L'Illusion du tranquille de François Deladerrière, belle et intrigante

Avant de vous en parler, j'y suis retournée. Contempler les photographies de François Deladerrière exposées à la Galerie du Théâtre La Passerelle. Et il y a de fortes chances que d'ici le 2 juillet, je prenne encore le temps de me laisser transporter par cette "illusion du tranquille". 

 

Aboutissement d'un travail photographique réalisé sur dix ans et plusieurs résidences dont la dernière à Gap en février dernier, cette exposition est à voir et revoir pour la beauté intrigante, étrange voire inquiétante qui se dégage de ces photographies. Une étrangeté familière qui bouscule notre rapport à la réalité et au temps. 

Exposition L'Illusion du tranquille, Théâtre La Passerelle, Gap,
Gap, France - Photographie François Deladerrière

Avant de rencontrer François Deladerrière en février dernier, j'avais visité son site et déjà certaines de ces images m'avaient fortement impressionnées. Mais ce n'est qu'en visitant l'exposition que j'ai réellement saisi les différents points que nous avons abordés, notamment cette question du temps ou plutôt de l'alchimie entre différentes temporalités. 

 

Il y a celle de la recherche, où le photographe en voiture ou à pied laisse vagabonder son regard jusqu'à ce qu'un élément du paysage l'interpelle. Objets, éléments d'architecture, des traces qui peuvent parler pour le tout et transmettre une vérité de l'endroit où il se trouve. Vient alors le temps de la prise du vue, longue, à la chambre, souvent entre chien et loup, où ce décor dès lors propose une histoire possible.

 

Car chaque image nous offre un espace de fiction. Certaines pourraient être le décor d'un film ou bien encore une "scène de crime" où les détails, les indices se révèlent à la lecture. Il y a une telle profondeur de champs, une telle définition dans ces tirages argentiques qu'après avoir embrassé l'ensemble du regard, on s'approche, on scrute, et l'on prend le temps d'entrer véritablement dans les détails de la photographie. 

 

Si chacune peut se lire de manière autonome, la force de certaines en font les pierres angulaires d'un récit qui sera différent et propre à chaque spectateur. Et c'est assez fascinant de constater que ces photographies prises dans des lieux différents en France et à l'étranger, sur une période de dix ans, s'inscrivent in fine dans un même espace-temps. Est-ce parce que ces lieux dévoilent les traces des corps qui les ont traversés, qui ont laissé leur marque et leur empreinte ? Et que selon l'histoire, la culture et l'imaginaire de chacun, on les relie entre elles dans une fiction intime. 

 

C'est à partir d'une Caravelle abandonnée avec sa portière entrebâillée, qui fut sans doute d'un rouge flamboyant mais que l'érosion a rendu ocre, que la trame d'une histoire s'est imposée. J'y ai vu, derrière les vitres troubles et gouttes d'humidité, le corps d'une jeune femme sur la banquette arrière. J'ai imaginé son réveil, sa surprise de se retrouver là, ankylosée, sans savoir comment elle y était arrivée, qui l'avait déposée. Son amnésie et comment les différents lieux, décors de la série, pourraient lui permettre de retrouver des traces de son passé. 

 

A l'ère du numérique, de ces images qui inondent internet et les réseaux sociaux et que l'on regarde souvent sans vraiment les voir, cela fait un bien fou de se retrouver face à la beauté du film argentique. Dans le livre d'or de l'exposition, des enfants qui l'ont visitée n'ont pas écrit photographies mais tableaux. Eux aussi, intuitivement, ont fait la distinction. 

 

Vous avez compris que je vous invite vivement à aller visiter L'Illusion du tranquille, car rien n'est vraiment tranquille à qui sait prendre le temps d'observer et de contempler.

 

L'Illusion du Tranquille de François Deladerrière

Commissaire de l'exposition Galerie Le Réverbère, Lyon

Jusqu'au 2 juillet, Galerie du théâtre La Passerelle

137 boulevard Georges Pompidou

05000 Gap

 

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