Sur Ton Dos, balade acrobatique et acte poétique à la Petite Céüse

Où comment devenir accro en l'espace de quelques heures des Curieux de Nature proposés par le théâtre La Passerelle. Je ne vais pas revenir sur ce que j'ai écris ici sur les Curieux de Nature, mais tenter de relater ce que j'ai vécu samedi dernier, en fin de journée, sur le chemin de la Petite Céüse. 

 

Volontairement, je n'avais pas regardé la vidéo "Sur Ton Dos" qui fut le point de départ de cette aventure. L'évidence pour Philippe Ariagno,  directeur du théâtre, de proposer à Frédéri Vernier et Justine Berthillot d'investir un espace naturel des Hautes Alpes et de l'habiter de leur présence acrobatique. Pour les avoir rencontrés la veille de la Générale, enthousiastes, excités et en même temps plein de questionnements, j'en savais assez et je n'avais pas besoin d'images. Mais j'en ai maintenant, de cette balade acrobatique et poétique, et il est fort possible qu'en refaisant un jour le chemin qui mène au plateau de la Petite Céüse, j'ai des visions de leur présence.

Comme toujours après avoir vécu une expérience artistique, je déborde de remerciements, d'autant plus lorsqu'elle est unique et éphémère. Et je sais apprécier à leur juste valeur le défi et les enjeux techniques et artistiques auxquels se sont confrontés Justine et Frédéri, accompagnés dans la dernière partie de leur travail par Breno, acolyte circassien et ami, qui fut notre guide tout au long de cette balade. 

 

Et je peux leur dire, en réponse à leur questionnement concernant le public, qu'ils sont parvenus à transformer notre écoute et notre attention et à nous amener à l'arrivée dans un état différent. Et ce n'était pas gagné, du moins au début. Il m'a fallu un effort de concentration pour m'extraire du bavardage incessant et parasite de certain(e)s. Il faut dire que j'aime marcher en silence, vider ma tête de toutes pensées et être ainsi attentive et à l'écoute du paysage qui m'entoure. 

 

Là, je savais que sur ce chemin nous allions à la découverte d'une présence, de son mystère, que nous allions l'apprivoiser petit à petit, au fil de traces, d'espaces investis mais vides à notre arrivée, car cette espèce inconnue, aperçue fugitivement aux jumelles, nous observait aussi de loin, avant de nous inviter à la rejoindre. 

C'est ce passage et une belle idée de dramaturgie qui a calmé tout le monde et fait taire les bavard(e)s. Ceux qui n'avaient pas capté que nous étions invités à vivre cette expérience de l'intérieur. Breno nous a demandé de nous mettre deux par deux, l'un les yeux bandés, l'autre devenant guide. 

 

C'est assez magique de marcher les yeux fermés. L'attention que l'on porte alors à la marche, au terrain, aux sons et aux légers mouvements ou pressions de notre guide pour nous diriger en douceur. La concentration est tout autre et elle l'est aussi pour celui qui guide. L'idée était aussi de nous faire prendre conscience de ce qu'est la confiance, qui est le socle de leur travail acrobatique et physique. Etre à l'écoute de l'autre, de son corps, pouvoir lâcher prise sans appréhension, sans doute, sans peur et construire ensemble. 

On a perçu, d'abord ténue puis de plus en plus présente, la musique d'Arvo Pärt, bande son de la vidéo Sur Ton Dos. Ouvrir les yeux sur ce paysage, avec ce Spiegel im Spiegel s'accordant merveilleusement à la beauté du lieux, nous a réduit au silence. Chacun a pris le temps de regarder les images, de s'imprégner du moment avant de repartir. Et quelque chose s'est passé, là.

On a repris notre marche, entre découvertes de leurs traces et leurs apparitions de plus en plus proches. Jusqu'à ce qu'ils soient là et nous invitent à les suivre, elle gracile sur ses épaules, vêtue de cette robe rouge, qui fut notre point de repère dans ce jeux de piste qu'ils avaient imaginé. 

 

Arrivés sur le plateau, avec cette vision à 360 degrés du paysage alentours, dans cette lumière de fin de journée, nous étions prêts pour le final. Ceux qui ont vu Noos, leur spectacle co-produit par la Passerelle en 2015, auront une idée de ce que nous avons vu. En ce qui me concerne ce fut une première chargée d'émotions, devant l'histoire que raconte ces corps en accord. 

 

il est difficile de retranscrire par des mots la beauté de cette danse acrobatique. Comment leurs corps, à l'écoute l'un de l'autre, fragiles et puissants, nous touchent, nous font réagir, frémir et sourire. Comment cet engagement physique, ce travail sur cette matière qu'est le corps humain, entrainent aussi une réflexion sur la nature humaine, le rapport à l'autre, sur cette fameuse confiance en celui qui vous porte, en celle que vous portez et inversement. 

 

J'ai fait quelques photos pour garder une trace (ci-dessous, cliquez pour les agrandir). Mais j'ai vite abandonné l'appareil pour vivre pleinement le spectacle. 

 

Vous trouverez ici les dates de tournée de Noos en 2016 et 2017. Je ne saurais trop vous inviter à y aller si vous êtes dans les parages. Quant à Sur Ton Dos à la Petite Céüse, je suis heureuse d'avoir participer à cette expérience unique et d'avoir redescendu le chemin dans le crépuscule. Elle fut certainement différente le lendemain, en fin de matinée. Mais l'acte poétique qu'ils y ont inscrit, restera sans nul doute dans la mémoire de ceux qui l'ont vécu. 

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