La Disparition, magie d'une déambulation urbaine et mystérieuse

La Disparition, Théâtre la Passerelle, Saison 2016/2017, Begat Theatre, Gap
La Disparition, Begat Theatre

Là encore je m'incline, après avoir vécu samedi dernier cette déambulation urbaine pleine de mystères, conçue par la compagnie Begat Theatre et proposée par le théâtre La Passerelle.

 

Qu'est donc devenue Carlotta Valdez, écrivain de polars à succès, disparue alors que son éditeur attendait la livraison de La Disparition, son dernier opus au titre prémonitoire. Après une heure et demi d'enquête dans les rues de Gap, à suivre la trace de ses derniers mouvements et apparitions, à recouper les informations et indices qui m'ont été donnés, j'ai bien ma petite idée. Et j'en sais un peu plus sur Carlotta et peut-être sur moi-même, tant la mise en abime et le rapport ténu entre fiction et réalité que proposent cette expérience a quelque chose de vertigineux. 

La Disparition, Théâtre la Passerelle, Saison 2016/2017, Begat Theatre, Gap
La Disparition, Begat Theatre

C'est ici que tout a commencé. Convoquée par SMS à une heure précise pour enquêter sur la disparition une semaine plus tôt de Carlotta Valdes, je suis entrée dans cette fiction, protagoniste volontaire ne sachant pas trop à quoi m'attendre. 

 

Dans la pièce où Carlotta Valdez travaillait à son dernier roman, un homme m'a informé des derniers éléments de l'enquête, il m'a remis un smartbook, un casque et quelques instructions. Restée seule dans ce décor de polar un peu lugubre, à observer les traces laissées par la disparue, j'ai écouté sa voix, me laissant prendre par  le charme de son timbre grave de fumeuse de Lucky Strike désabusée. Les images diffusées par le smartbook me montrait la voie à suivre, celle des dernières déambulations de Carlotta dans Gap, à la recherche de l'inspiration pour ce foutu roman qu'elle n'arrivait pas à écrire. C'était parti. 

Vivre de nuit cette immersion dans une fiction qui prend vie dans un espace urbain que l'on connait (ou que l'on croit connaitre) en y étant acteur, ajoute il me semble, une tension supplémentaire. La nuit, tout est plus étrange, or il ne faut pas perdre le fil de l'histoire, ni se tromper dans l'itinéraire. Alors très vite, on prend le rythme instauré par la mise en scène

 

On a les sens en éveil, on enregistre un paquet d'informations visuelles et sonores, on se retrouve à suivre une femme et à se mettre inconsciemment en mode filature ou ce que l'on imagine, à travers les fictions vues et lues, être une filature. C'est à la fois très déroutant et très excitant. Les passants deviennent suspects, font-ils partis de la fiction ou bien sont-ils juste là à attendre des amis... car les acteurs de la compagnie Begat Theatre ne sont jamais loin. 

La Disparition, Théâtre la Passerelle, Saison 2016/2017, Begat Theatre, Gap
La Disparition, Begat Theatre

Et c'est là le travail remarquable de cette compagnie, cette recherche sur l'immersion du specta(c)teur dans une fiction et l'instauration d'un rapport intimiste avec les comédiens dans l'espace urbain. Sans parler de l'utilisation poétique des technologies numériques et du son, du décalage "cinématographique" du regard sur la ville, de l'influence de la mise en scène sur la manière dont on vit le spectacle. 

 

C'est peut-être en prenant place dans la voiture de Carlotta Valdez, en observant ce qu'elle y a laissé, en écoutant sa voix et ses pensées, que la résonance avec notre propre histoire et notre imaginaire est la plus évidente. 

 

L'enquête touche à sa fin sur un rappel humoristique. Le temps est venu de rendre smartbook, casque et indices et de remercier les membres de la compagnie pour cette géniale aventure : Dion Doulis, Karin Holmström, Guillaume Grisel, Philippe Laliard, Nolwenn Moreau, Stephan Pastor et Erika Latta. 

 

Je ne suis pas prête d'oublier Carlotta Valdez. Comme pour le chemin de la Petite Céüse, qui porte maintenant la trace du duo acrobatique de Noos, il y a des rues et lieux à Gap marqués à présent par l'histoire de cette mystérieuse disparition.