Les rendez-vous de novembre du théâtre La Passerelle

Théâtre La Passerelle, Dites à ma mère que je suis là, Cie Etat d'Urgence, Affiche
Dites à ma mère que je suis là

Haut les coeurs !

Ça c'est parce qu'aujourd'hui beaucoup de choses m'énervent, un jour où l'humanité me désespère, un peu, beaucoup...

Et qu'encore une fois c'est par l'art que revient l'espoir, en feuilletant le programme de novembre de La Passerelle. Il est riche, éclectique, invitation à différents voyages, migratoire, au bout de la nuit, sur les traces d'Ulysse (qui nuirait gravement à la santé), musicale avec l'intriguant : passage : d'Otillie (B) ou Comme je l'entends de Benjamin Dupé. Alors ouvrons nos yeux, nos oreilles et nos coeurs et partons ensemble à la découverte de ces spectacles.

Théâtre La Passerelle, Dites à ma mère que je suis là, Cie Etat d'Urgence
Dites à ma mère que je suis là ©Martine Cendre

Les 2 et 3 novembre, on retourne à l'école avec 8h30 Rue des écoles de la Cie haut-alpine Le pas de l'oiseau. A partir de la collecte de paroles d'élèves, d'enseignants, de parents, ce spectacle entre fiction et récit dresse un portrait sensible de "ce petit bout de république citoyenne à ré-inventer". C'est à l'Usine  Badin mais comme je ne suis pas certaine qu'il reste des places, renseignez-vous ici

 

Dites à ma mère que je suis là de la Cie Etat d'urgence, les 14 et 15 novembre, m'intéresse tout particulièrement tant son sujet est d'actualité. Cette compagnie est née de la volonté d'Amanda Da Silva - chercheuse sur les migrations internationale - de partager ses recherches et de nous faire ressentir, au travers de différents médiums, le chemin de ces réfugiés, hommes, femmes et enfants, qui au péril de leur vie sont venus chercher ailleurs, une vie meilleure. Et ce qu'ils ont trouvé et vécu dans ces camps qu'on appelle "jungle".

 

Certains commentaires qui circulent actuellement sur les réseaux sociaux à propos de l'accueil des réfugiés font froid dans le dos et donnent la nausée. Alors oui il y a urgence, si l'on ne veut pas accepter, comme l'écrit si bien Laurent Gaudé dans cet article, qu'à Calais (et il reste encore le camp de Grande Synthe), ci-gisent la France, l'Europe et l'humanité.

 

Dites à ma mère que je suis là s'appuie sur un travail d'immersion d'un collectif d'artistes, issus du théâtre, du cirque et de la danse, auprès des réfugiés de Calais, des habitants et des associations qui leur viennent en aide. Je ne doute pas que cette création remue, bouleverse et nous fasse réfléchir. J'en reparlerai certainement.

 

Sachez aussi qu'il y a autour de ce spectacle une conférence au théâtre La Passerelle, le 10 novembre à 19h, proposée par Amanda Da Silva : Regards croisés sur l'immigration en Europe, du terrain de recherche au plateau de théâtre (gratuit sur réservation au 04 92 52 52 52).

Et un atelier Danse, théâtre et cirque à l'Usine Badin - La danse commence avec ce que nous sommes - proposé par Camille Blanc et Anthony Lefebvre de la Cie Etat d'Urgence les 19 et 20 novembre (réservations au 04 92 52 52 58, tarif 32 € incluant une place pour le spectacle).

Théâtre La Passerelle, Ulysse nuit gravement à la santé, Cie Le Cri de l'armoire
Ulysse nuit gravement à la santé ©JO

Les 17, 18 et 19 novembre, le conteur et slameur Marien Tillet et son acolyte guitariste Mathias Castagné - Cie Le Cri de l'armoire - vont égratigner joyeusement Ulysse, ce personnage mythique de l'Odyssée à la réputation sans faille. Avec Ulysse nuit gravement à la santé, les deux comparses mettent ce héros, qui ne semble pas en avoir l'étoffe, face à ses actes. Et bouscule aussi cette tentative d'idéal féminin de Pénélope, femme au foyer, fidèle et vertueuse... 

 

Avec comme mot d'ordre "Ecorchons Ulysse et libérons Pénélope !", j'ai envie de dire qu'il n'y a guère à hésiter à aller voir ce conte slamé, qui revisite et questionne cette épopée avec humour, fougue et un brin de férocité.

Théâtre La Passerelle, Voyage au bout de la nuit, Cie Les Possédés
Voyage au bout de la nuit ©Jean Louis Fernandez

Les 21, 22 et 23 novembre, c'est à une plongée dans le chaos du début du XXème siècle que nous convie Rodolphe Dana du Collectif Les Possédés, avec Voyage au bout de la nuit, adaptation de l'oeuvre éponyme de Louis Ferdinand Céline. 

 

Un spectacle conçu comme un double voyage, l'un au coeur de la langue brute, explosive et jubilatoire de Céline, l'autre au coeur de Bardamu, ce personnage perpétuellement en quête et en fuite, aux prises avec les horreurs du monde et l'absurdité des hommes. Chaos du début du XXème siècle, chaos du début du XXIème... la force des grands auteurs est cette vision implacable qui transcende leur époque pour résonner encore et encore, avec pour arme et échappatoire, l'humour, ce rempart à la bêtise des hommes. Performance d'acteur, puissance d'un texte, qui a t-il au bout de la nuit ? A découvrir ou redécouvrir. 

Théâtre La Passerelle, Ottilie (B), passage, chansons
Ottilie (B) : Passage ©Thomas Lang

On termine en musique, qui adoucit les moeurs et les humeurs, mais qui n'en est pas moins un voyage. 

 

Tout d'abord avec Ottilie (B) les 25 et 26 novembre et son : passage :, kaléidoscope de sonorités ramenés de voyages lointains. J'avoue ne pas connaître cette chanteuse et musicienne des Hautes Alpes (et c'est la raison pour laquelle j'apprécie autant la programmation de La Passerelle). Ce deuxième album s'est construit au cours de son voyage en 2015 qui l'a conduite de Laponie en Mongolie, via la Chine, la Finlande et la Réunion. Elle y a multiplié les rencontres et échanges artistiques avec des "passeurs". De là est né : passage :, une myriade de sons empruntés aux cultures primitives qu'elle a visitées, et aux paroles sensibles, inspirées du souvenir de ses rencontres. 

 

Chanteuse et multi-intrumentiste, elle se situe à un croisement des genres, entre chanson, musiques électroniques et musiques tribales. A noter en guest le 26 novembre, Julie Buttolo du groupe Les Têtes de Linettes

 

Et pour finir, à cheval entre novembre et décembre, Comme je l'entends de Benjamin Dupé, le 30 novembre et le 1er décembre à l'Usine badin. Un solo malin et plein d'humour sur la manière dont est perçue la musique contemporaine. Pas facile de définir la musique contemporaine et surtout de se défaire des clichés la concernant. Et pourquoi pas la raconter à travers un spectacle.

 

Compositeur et guitariste, Benjamin Dupé souhaitait "jouer et parler de cette musique étrange qui, en refusant le confort du pré-entendu, espère toucher chacun d'entre nous au plus intime et au plus sauvage". Pour ce projet, il est parti des réactions et des propos d'auditeurs profanes enregistrés lors d'atelier d'écoute, pour tisser sa création et sa partition qui dialogue avec leurs mots. A mi-chemin entre concert, témoignages et confessions, Comme je l'entends, nous propose d'investir un espace, celui où l'on s'invente dans l'écoute. Beau programme.

 

Réservations pour les spectacles sur la billetterie en ligne ou au 04 92 52 52 52. 

 

Sur ce, bon week-end de Toussaint !