Chronique en vrac #19 : Octobre ioche est bonne

Je me rends compte qu'au fil de ces chroniques en vrac dédiées aux mois de l'année et leur calembour, je vous livre un peu de moi et de mon histoire familiale. Cela a débuté évidemment avec celle de janvier (j'y explique d'où m'est venue cette idée) et nous voici déjà en octobre avec le seul calembour explicitement culinaire.

Il me semble que l'on a toutes et tous des souvenirs gustatifs liés à l'enfance. Il se trouve que par un de ces heureux hasards, un de mes souvenirs est celui de la brioche de ma grand-mère paternelle. Mais retrouver ce goût si particulier m'a pris un certain temps. Ma grand-mère ne nous avais pas donné sa recette et pendant longtemps, cette brioche que j'adorais est restée à l'état de souvenir. Je me suis rendue compte un jour qu'elle était en fait une variation du gâteau battu picard. Mais il a fallu que j'hérite d'un cahier de recettes, commencé par une de mes aïeules le lundi 16 novembre 1891, pour que je retrouve la recette familiale. 

C'est un cahier banal, aux feuilles abimées et jaunies par le temps, recouvert d'un plastique pour protéger une couverture marron, mais qui regorge de trésors. Il s'ouvre sur des recettes de ménage, Do it yourself d'une époque révolue (pour préserver la fourrure, liqueur pour argenterie, mélange pour dégraissage des étoffes, pâte à nettoyer les gants, révélateur pour photo, engrais pour plantes d'appartement...). Les différentes écritures témoignent de son passage d'une génération à l'autre. Et il y a, collées au fil des pages, des recettes découpées dans des journaux.

 

C'est en le feuilletant avec délicatesse que je suis donc tombée sur la recette du gâteau battu et donc de la brioche de ma grand-mère. Les picards connaissent bien cette brioche très riche en beurre et en oeufs. Celle de ma grand-mère l'est moins et il m'a fallu plusieurs essais avant de m'approcher au plus près du souvenir que j'en avais. Souvenir, qui avant le goût, est d'abord olfactif. Sentir en arrivant chez mes grands-parents l'odeur de la pâte en train de lever sur le radiateur me remplissait déjà de joie. Alors vous imaginez bien celle que je ressens chaque fois que je la fais. Et au delà, j'aime ce lien qui me relie à ma grand-mère. Sa brioche évoque tout un tas de souvenirs, de discussions, d'échanges et d'affection. Grande lectrice, son livre de chevet était A la recherche du temps perdu de Proust dont elle connaissait des passages par coeur, je suis certaine qu'elle aurait adoré tenir un salon littéraire. Elle a partagé cet amour de la lecture en enregistrant des livres audio sur cassettes pour le public non voyant de la bibliothèque municipale d'Amiens. Je me souviens qu'elle s'enfermait dans une petite pièce de la maison pour les enregistrer, et je regrette de ne pas avoir quelques-uns de ces enregistrements pour entendre à nouveau sa voix. 

Pour en finir avec cette chronique, je vous fais cadeau de cette recette. Comme souvent dans les livres de recettes de famille, certaines précisions font défaut. Dans celle-ci par exemple, il est indiqué sel et sucre en petite quantité... mais encore... C'est pourquoi, je suis aussi allée piocher du côté de la recette traditionnelle du gâteau battu picard pour ces fameuses quantités.

 

Ingrédients

- 1/2 livre de farine

- 3 jaunes d'oeufs (suivant leur taille, j'en utilise 3 ou 4) à température ambiante

- 125 g de beurre fondue

- 5 g de sel

- 70 g de sucre

- 20 g de levure de boulanger fraîche délayée dans du lait tiède

 

Dans un saladier, mélangez la farine, le sel, le sucre. Y incorporez le beurre fondu, les jaunes d'oeufs et la levure et mélangez plusieurs minutes. La pâte doit se détacher des parois. Battez les blancs en demi-neige (ils doivent être blancs mais pas fermes) et ajoutez-les à la pâte en mélangeant vigoureusement le mélange jusqu'à complète incorporation des blancs. Remplissez à moitié le moule beurré et mettez-le dans un endroit chaud pour faire lever la pâte. Comptez au moins deux heures.

Préchauffez le four à 180 et faites cuire environ 30 min. Laissez tiédir la brioche 2h avant de la déguster telle quelle ou avec de la confiture maison. 

 

Voilà, la recette de "la brioche de Mamie". J'ai dit que je m'en rapprochais au plus près car dans mon souvenir, la texture de la sienne était un peu plus humide. Mais tels sont les souvenirs et c'est peut-être aussi une affaire de tour de main. 

 

Bonne Toussaint ! Et si vous aussi vous avez des souvenirs de goûts liés à l'enfance, partagez-les. Tschüss (je crois bien que je vais faire une brioche demain).