Retour sur une bien belle édition du Festival Tous Dehors (Enfin)!

Dimanche soir, affalés dans le canapé, le fessier un peu douloureux, on était groggy mais heureux d'avoir profité au maximum de cette sixième édition du Festival Tous Dehors (Enfin)! A part Silva de la Cie Libertivore à Charance, qui d'après les échos était un spectacle magnifique, et La Caravane Sonore de la Cie Détachement International du Muerto Coco, nous avons tout vu (j'ai été particulièrement efficace dans l'organisation du planning. Je suis Vierge, ceci explique cela). 

La première chose évidente à dire c'est MERCI. A l'équipe du Théâtre La Passerelle pour l'organisation de ce festival des arts de la rue et sa programmation au bel équilibre entre théâtre, cirque, acrobaties, clown (désaxé), installations poétiques et sonores, attractions, baraque de foire. Et aux artistes pour leur créativité, leur talent, leur virtuosité, leur générosité et leur humanité qui nous font passer par toute une palette d'émotions. L'objectif des 30 000 spectateurs (voire plus) sur les trois jours a été atteint cette année, preuve s'il en est que ce festival répond a une attente du public haut-alpin et de celui venu d'autres départements.

Photos ci-dessus : ©Patrick Domeine

 

Tout a fort bien commencé en chansons à l'humour décalé avec Offre Spéciale de la Cie Joe Sature et ses joyeux osselets. J'ai évidemment acheté le CD-6 titres à 1€ la chanson qu'il me suffit d'écouter pour revoir Régis et Gérald raconter l'histoire de leur duo et spectacle discount. Et je rigole toute seule en remuant le popotin

Cette sixième édition du festival est la troisième à laquelle je participe avec assiduité et à chaque fois, je suis impressionnée par la richesse et la diversité de ces arts de la rue et par ce qu'ils nous disent de la société et de notre rapport aux autres. Entre deux éclats de rire, il y a le geste ou la phrase qui nous tend un miroir sur ce que nous sommes. Et des histoires qui nous invitent à écouter ceux auxquels on prête peu ou rarement attention, avec une liberté de parole jubilatoire.

Ce fut le cas avec Joblard de et avec Jean-Marc Royon, pochetron flamboyant qui nous a entrainé dans une histoire rocambolesque avec une verve incroyable (j'aurais d'ailleurs aimé retenir quelques saillies magnifiques, je vais peut-être acheter le texte) ou l'aventure nocturne d'un changement de moteur avec les mécanos de La Jurassienne de Réparation du Théâtre Group'. Des acteurs incroyables pour des personnages qui ne le sont pas moins, dont l'activité artisanale survit avec un vieux Traffic Renault, une remorque et quelques outils. Ils sont drôles, émouvants, parfois pathétiques et pratiquent une langue dénuée de politiquement correct qui fait un bien fou. Dimanche, ils avaient troqué leurs habits de mécanos pour ceux de forains au look seventies et la pause et franche rigolade devant leur Stand 2000 a été le sas de décompression d'émotions après More Aura, ma claque du festival.

C'est comme ça, y toujours un spectacle qui vous bouleverse plus que les autres et cette année ce fut More Aura de et avec Véronique Tuaillon (et vu le bouche à oreille et le conseil d'arriver tôt, je ne suis pas la seule à le penser). On m'a dit plus tard qu'elle avait mis trois ans à écrire ce spectacle, né de son expérience de clown au CHU de Grenoble dans différents services de pédiatrie. C'est l'histoire bouleversante d'une mère et de son enfant malade, du combat pour la vie, pour rester debout malgré tout, pour continuer à vivre. L'expression "passer du rire aux larmes" prend ici tout son sens (rien que de l'écrire, j'en ai les larmes aux yeux et la chair de poule). Avec ses jambes interminables, perchée sur des talons qui l'ancre dans le sol et la font vaciller, cette Christine est tout simplement sublime. Et quelle souplesse grand dieu !

Photos ci-dessous : ©Patrick Domeine

En parlant de souplesse, de maîtrise du corps et de l'équilibre, de voltige, de domptage de mât ou de hula hop, le festival nous a ravit. Ce fut notre programme du samedi qui a débuté avec la danse poétique de Monsieur O aka Sylvain Julien et ses cerceaux rouges (pense bête : trouver la version genre Klaus Nomi de Did it again de Britney Spears). Que nous avons retrouvé ensuite avec ses camarades équilibristes de la Cie La Mondiale générale pour Sabordage !  On n'imagine pas ce que des circassiens talentueux peuvent faire avec des bastaings ou un hula hop XXL. On rit toujours et on retient son souffle.

Idem avec Miss Dolly de Marcel et ses drôles de femmes. Comme ils baragouinaient un anglais plutôt drôle et que leur spectacle de voltige a cet humour barré si british, je les croyais anglais. Mais non.

Joan Català, lui, est bien catalan et son spectacle Pelat s'inspire d'ailleurs des fêtes catalanes traditionnelles autour du mât de cocagne. Ça débute par une danse envoutante avec ce mât dont il dompte les mouvements. Puis il délimite à la craie le terrain, dessine un cercle et invite un, puis deux et quatre spectateurs à unir leur force pour hisser ce mât à la verticale et l'accompagner dans son escalade. Et contrairement à un grincheux que j'ai entendu pérorer, je n'ai pas eu la sensation que l'on riait au dépens de ces quatre hommes qui avaient l'air plutôt contents de participer à cette aventure. 

 

Photos ci-dessous : ©Patrick Domeine

Vous êtes encore là ? Je vous en remercie. Avant de conclure avec les nouveautés de la programmation de cette édition, je voudrais aussi mentionner le beau Manège du Contrevent de la Cie Grandet Douglas. J'aurais bien aimé vivre l'expérience d'être suspendue sur un tapis volant et de tourner au son d'une mélodie joué avec délicatesse au piano. Mais j'ai préféré laisser ma place aux enfants qui étaient nombreux cette année encore et c'est bien. Nul doute d'ailleurs qu'ils aient entrainé à plusieurs reprises leurs parents pour tester leur quotient d'intelligence musculaire avec Le Bras de fer mécanique de la Cie Mécanique Vivante

Cette année donc, le Théâtre La Passerelle nous a proposé des installations poétiques, musicales et participatives. On a d'abord vu Le Chant des Coquelicots de la Cie FredandCo, qui aurait mérité de démarrer vraiment à la tombée de la nuit pour que l'on puisse, dès le début, entrer pleinement dans la beauté de ces 120 coquelicots géants s'illuminant au son de la kora, du violon, de la clarinette et du violoncelle. Mélopées surprenantes et envoutantes mais qui ont dérouté une partie du public.

Quant à C'est pas là, c'est par là, une gigantesque toile d'araignée faite de ficelles entrelacées conçue par le jeune artiste coréen Juhyung Lee, je ne suis pas certaine que le public ait bien capté la portée symbolique de son installation... Mais qu'importe, les jeux de lumière étaient beaux à voir, la bande son nous plongeait dans un ailleurs un peu inquiétant et l'enthousiasme des spectateurs à démêler cet écheveau était plutôt amusant. Tous ne sont pas restés pour faire cercle autour de la petite pyramide des pelotes en feu, mais j'ai vu le regard d'un adolescent posé sur ce feu et j'ai su qu'il avait pleinement vécu l'expérience. 

Et pour finir, je suis certaine que l'installation Museum of the Moon de l'artiste plasticien Luke Jerram a fait rêver tout le monde. Assise dans mon transat, à regarder la lune enfin si proche, j'ai eu les larmes aux yeux. Elle ne bougeait pas et pourtant j'ai eu la sensation que ma respiration se calait sur un mouvement invisible qui émanait de sa clarté. J'ai aussi pensé à Méliès qui aurait adoré. En partant de La Providence, on a croisé un couple qui nous a accosté et nous a demandé le plus naturellement du monde "on cherche une lune". On leur a indiqué le chemin en leur disant juste "c'est magique". Qui finalement résume parfaitement ce long texte et mon sentiment à propos de ce festival Tous Dehors (Enfin)!