Le 8 mars toute l'année

Franck Pourcel, photographie, photographe, Ulysse et les Constellations, Constellation des femmes
Photographie de Franck Pourcel, Constellation des femmes

J'ai eu la velléité le 8 mars de publier un article. J'ai manqué de temps ce jour là et surtout trop d'idées se bousculaient dans ma petite tête. A vrai dire cette Journée Internationale des Droits des femmes avait commencé la veille avec la conférence inversée sur les mères isolées et familles monoparentales organisée à Gap et que j'ai couvert pour l'hebdomadaire Alpes et Midi. 

 

Ces conférences inversées (il y en a eu 52 dans toute la France) ont donné la parole à des femmes pour qu'elles s'expriment sur les difficultés de leur quotidien de mères isolées et ce afin de faire émerger des propositions concrètes pour l'améliorer. Cette initiative de la Secrétaire d'Etat en charge de l'Egalité entre les hommes et les femmes et de la Lutte contre les discriminations part du principe (évident) que les solutions à trouver ne peuvent venir que de l'expression des besoins spécifiques de ces femmes. Je ne sais pas ce qu'il en ressortira dans le cadre du grand débat national mais une chose est certaine, libérer la parole des femmes est essentiel pour faire avancer un tant soit peu les choses. 

Je dois dire que ça été particulièrement émouvant d'écouter les témoignages de ces onze femmes que je salue et remercie pour leur courage, car parler de sa vie, de son parcours, c'est aussi exposer des choses intimes et sa vulnérabilité. Ces femmes, toutes différentes, jonglent au quotidien entre leurs activités professionnelles et la vie scolaire, la garde des enfants, les courses, les repas, les activités extra-scolaires. Elles peinent à trouver un équilibre financier mais aimeraient bien pouvoir se passer des aides et des allocations. Elles luttent pour percevoir une pension alimentaire qui leur est dû. Et elles subissent le regard que porte sur elles la société. 

 

Aucune ne regrette de vivre seule avec ses enfants, mais toutes soulignent l'épuisement qui parfois les gagne tant la charge mentale est lourde à porter. Etre sur le fil du rasoir jusqu'au burn out professionnel ou familial pour certaines d'entre elles. Elles font des choix, des sacrifices pour protéger leurs enfants qui, comme le dit si justement l'une d'entre elle, grandissent trop vite en étant responsabilisés très tôt et parfois trop seuls...

 

Et ce qui a été particulièrement fort, c'est la solidarité qui s'est exprimée ici. Vive la sororité !

Le matin du 8 mars, j'ai participé à un speed dating business organisé par le Réseau ELLEA (Elles Entreprennent dans les Alpes). Je vous ai déjà parlé de cette association, dont je suis membre (et même membre du CA), qui regroupe des femmes entrepreneuses. C'est aussi un réseau d'entraide, d'échanges et de partages d'expériences parce que dans le domaine professionnel, on a aussi besoin de se sentir moins seule. Et cette association, si elle existe depuis plusieurs années, c'est grâce à Sonia Atlan, sa présidente. Et je suis donc particulièrement heureuse pour elle du prix qu'elle a reçu, dans la catégorie Femme du Milieu Associatif, lors de la première soirée Au Féminin Hautes-Alpes organisée par le Dauphiné Libéré. Cette soirée a donné de la visibilité à des parcours de femmes dans différents domaines. Un grand Big Up à toutes les participantes ! 

 

J'ai quand même entendu ce jour là, une femme dire qu'elle ne la trouvait plus nécessaire cette journée des droits des femmes... Je ne sais pas d'où elle parlait. D'un horizon qui me semble bien restreint. Rappelons simplement que se battre pour les droits des femmes c'est vouloir l'égalité entre les hommes et les femmes et qu'elle est très très très loin d'être acquise. Et que cela nécessite de faire bouger les mentalités et la société et donc d'en parler encore et encore. Cette journée du 8 mars permet juste de concentrer l'attention et de donner de la visibilité à des actions. Quand on est femme, on sait bien que c'est tous les jours le 8 mars !

 

Il n'y a qu'en devenant de plus en plus visibles, en refusant de se conformer à des schémas patriarcaux d'un autre âge, en gueulant s'il le faut, qu'on y arrivera. Et qu'on pourra aider toutes celles dans le monde qui ont encore bien moins de droits que ceux que nous avons dans nos pays occidentaux. Et même s'il nous incombe encore une fois, à nous les femmes, de faire bouger les lignes, ce n'est pas le courage qui nous manque. Ni la voix.