Chronique en vrac #24 : de l'art de perdre

Un mois et demi sans publications, sans même l'envie de publier... je n'y arrivais tout simplement pas. Sauf d'écrire dans un cahier pour tenter de mettre de l'ordre et m'alléger de pensées récurrentes. En attente d'un coup de téléphone m'annonçant le décès d'un être cher. 

 

Le temps a filé et de temps il a été question. Parce que sa maladie rapide, brutale, m'a pris de court. Parce qu'il était soudain trop tard pour partager avec lui tout ce que j'aurais voulu partager encore. Pensant comme on le fait tous qu'on a le temps. Cet appel je l'attendais plus que je ne le redoutais parce qu'il fallait qu'il cesse de souffrir. Il est parti quelques heures avant l'incendie de Notre-Dame et je dois bien avouer que l'émotion collective ne m'a pas atteinte. C'est dans la Cathédrale d'Amiens, qui m'est bien plus familière, qu'on l'a accompagné pour un dernier au revoir. Il repose dans un joli cimetière, au pied d'un pin. J'avais d'abord pensé lire le poème d'Elisabeth Bishop, L'Art. J'ai finalement choisi celui de Simone Weil, Il restera de toi, qui lui convenait mieux. 

La fin du mois de mars a aussi été marquée par un autre évènement familial, moins douloureux, mais qui clôt lui aussi une longue succession. Le 27 mars, la collection d'oeuvres d'art de mon grand-père maternel a été vendue aux enchères chez Artcurial. 

 

Toutes ces oeuvres, reçues pour certaines en héritage, mais principalement acquises tout au long de sa vie, ont été dispersées et trouveront désormais leur place chez d'autres collectionneurs. Ces oeuvres je les ai côtoyées, admirées parfois en l'écoutant en parler, mais elles faisaient surtout parties de son décor. Elles étaient sa fierté bien plus que tout le reste. Et c'est en les voyant exposées hors des murs qui les ont abrités pendant tant d'années que j'ai mesuré l'importance de cette collection mais aussi sa cohérence. 

 

Je les ai regardé bien plus longuement que j'avais pu le faire dans mon enfance ou mon adolescence en sachant que c'était la dernière fois. Je n'ai pas vraiment ressenti de tristesse et la vente ayant été un succès, je me suis plutôt réjouie parce qu'il en aurait été fier. 

 

"Dans l'art de perdre il n'est pas dur de passer maître ;

tant de choses semblent si pleine d'envie d'être perdue

que leur perte n'est pas un désastre."