Chronique en vrac #29 : L'âge d'une réconciliation

- T’as quel âge marraine ?

- Tu veux vraiment le savoir ? Oui !

- 53 ans. Tu ne trouves pas ça trop vieux pour une marraine ?

- Ben non, en fait tu es juste à la moitié de ta vie.

 

Cette question que m’a posée ma filleule le jour de mon anniversaire a beaucoup résonné dans ma tête. Outre le fait qu’elle m’imagine centenaire, ce qui m’a franchement plu et amusée, sa réponse à mon inquiétude de lui dire mon âge, à elle qui a dix ans, ouvre un champs des possibles et rassérène quant à l’avenir et à cette moitié de vie. 

 

Il y a un an, j’auscultais mon corps, la peau se détendant à certains endroits, la cellulite présente sur mes cuisses depuis des années et la graisse abdominale qui s’invite à la ménopause. Il aura fallu le déclic de la diète verte pour passer un pacte avec mon corps et m’engager avec lui sur la voie d’une réconciliation et d’un allègement que je sentais nécessaire. J’ai appris à prodiguer des soins et de l’amour aux parties de mon corps que j’avais toujours détestées, j’ai écouté ses besoins, les signes de ce qui ne lui convenait pas en terme d’alimentation et ensemble on s’est allégé de sept kilos sans efforts et sans que je me sente une seconde au régime. 

La silhouette que me renvoie le miroir m’étonne encore un peu mais quelle satisfaction que cet apaisement. Je mentirais en disant qu’aucune considération esthétique n’entrait aussi dans l’équation. Pouvoir ressortir de ma garde robe des vêtements remisés parce que devenus trop étroits ou essayer, au cas où, un pantalon en taille 40 et m’apercevoir qu’il me va parfaitement font aussi partie du plaisir éprouvé. Je n’ai jamais été une fille mince comme celles que les magazines féminins que j’ai consommé pendant des années nous montraient à longueur de pages avec les articles « santé » pour maigrir, avoir le ventre plat, lutter contre la cellulite, etc. J’ai testé un tas de régimes qui ne m’ont jamais connectés à mon corps et j’ai oscillé pendant des années entre un corps plus mince ou plus enveloppé selon les périodes de ma vie. En avoir fini avec ce combat insidieux me fait un bien fou. 

 

Par curiosité et pour établir une chronologie du chemin parcouru depuis un an et demi, j’ai relu mon cahier de flow de pensées que je ne tiens pas de manière régulière mais quand le besoin de vider ma tête se fait sentir. Evidemment, la mort de mon parrain qui a toujours été présent pour moi, les regrets de tout ce que je ne lui ai jamais dit, la succession, les maisons de famille que l’on a toujours connues et dont il faut se défaire, sont au coeur de ces notes de l’année 2019. J’ai encaissé les chocs émotionnels, notant les états de fatigue, de tensions, de douleurs physiques. Quand les premières crises d’angoisse nocturnes sont apparues en décembre 2019, mon médecin m’a dit « surmenage ». OK. Mais ça ne s’est pas calmé pour autant. J’avais des douleurs thoraciques, le coeur qui s’emballait, de violentes céphalées. J’allais faire un arrêt cardiaque, un AVC, une rupture d’anévrisme. J’avais peur de m’endormir de peur de ne pas me réveiller. J’ai même rêvé dans un demi-sommeil que je faisais un infarctus. J’avais le coeur pris en étau, je ne pouvais plus respirer, je voulais réveiller mon amoureux mais je n’arrivais pas à bouger ni même à crier. La violence de la douleur m’a réveillée. Le médecin que j’ai été voir le lendemain à la maison médicale de garde m’a dit, après examen et un électrocardiogramme normal, « vous savez, il faut accepter le fait que l’on est mortel ». OK. Je suis vivante et un bilan cardiaque pendant le premier confinement à valider le fait que mon coeur fonctionnait parfaitement. C’est là que j’ai commencé les méditations sur l’application Petit Bambou. Une première expérience de connexion à mon souffle, à ma respiration, à des exercices de visualisation qui m’ont aidé à rétablir le calme quand je sentais l’angoisse et la panique monter. Le troisième médecin consulté après une énième crise et une nuit d’insomnie m’a rassurée et m’a invité à continuer à méditer, à visualiser un lieu où je me sentais bien et en sécurité et à y revenir dès que l’angoisse surgissait à nouveau. 

Ça peut sembler un peu paradoxal, mais finalement cette année 2020 qui se termine et qui aura été et est encore si éprouvante pour certain.es, aura été pour moi l’année d’une réconciliation, pour reprendre le titre du livre de Lili Barbery-Coulon. La lecture de ce livre, dont le sous-titre « De la haine du corps à l’amour de soi » synthétise l’acceptation de sa fragilité et de sa vulnérabilité et la voie qui a été la sienne, m’a aidé à comprendre certains mécanismes et pensées limitantes à l’oeuvre aussi chez moi. Ses méditations en live sur Instagram pendant le premier confinement m’ont naturellement menée à pratiquer le kundalini yoga. Ça faisait quelques années que le yoga était en tête de la liste des « il faudrait » et je n’aurais probablement pas fait le premier pas aussi aisément sans elle. Quand une amie m’a informée en septembre qu’un nouveau cours de kundalini yoga s’ouvrait à Gap, je n’ai pas hésité très longtemps à appeler Jean-Baptiste Assier pour me renseigner et m’inscrire. 

 

Mais c’est d’abord en tant qu’ostéopathe que je l’ai consulté. J’avais un torticolis, des douleurs au niveau du nerf sciatique depuis plusieurs mois et la séance a été rude. Si ses mains ont réussi à détendre les tensions, ses mots m’ont fait l’effet d’une claque. Comme une mise à nu de tout ce que mon mental et mon égo érigeaient comme barrières, tous les jugements envers moi-même et envers les autres. à l’écoute de mon corps, de ma vertèbre et mon cou coincés, il a fini par me demander si je n’avais pas vécu quelque chose de traumatisant récemment, une rupture, un deuil… Je lui ai raconté la mort de mon parrain, la vente des maisons de famille, mes crises d’angoisse, ma peur de mourir. Quand il m’a dit que je pouvais aussi voir cette mort comme un cadeau, comme une ouverture sur quelque chose de bien plus vaste, un éveil de la conscience, j’ai ouvert les vannes et j’ai longuement pleuré, laissant les sanglots de mon chagrin enfoui s’exprimer. Une semaine plus tard, j’assistais à mon premier cours de kundalini yoga. Et depuis, cette séance hebdomadaire fait partie de mon planning, même et surtout quand je me sens fatiguée, sans énergie, avec mal à la tête d’une journée passée sur un ordinateur. Les bienfaits que me procurent cette heure et demi sont sans commune mesure avec l’état dans lequel je suis en début de séance. Je ressens de la joie, un fourmillement d’énergie dans le corps et je suis maintenant en mesure de rire de mes réactions et jugements à une situation donnée, de passer en quelques secondes d’un état à un autre. 

 

Je suis au début du chemin. J’ai redressé ma colonne vertébrale, ouvert ma cage thoracique et je n’ai plus de douleur au nerf sciatique. Il y a plein de choses auxquelles je n’ai pas encore accès mais je suis patiente et chaque séance ou méditation m’apprend quelque chose sur moi-même et sur la pratique. Je manque de discipline, n’arrivant pas encore à instaurer une pratique matinale et quotidienne. Je sais que se niche là le « syndrome » de la bonne élève et le jugement négatif de ne pas y arriver mais je me laisse aussi le temps que cela se mette en place naturellement. 

 

In fine, c’est un bel âge que celui de la réconciliation et je vous souhaite de trouver votre propre chemin. Tschüss et prenez soin de vous.